Cap à l’est 2/5

Cap à l’est 2/5

Prague -Budapest

Réveil matinal pour ce deuxième jour d’aventure. Premier coup d’œil dehors : le ciel est parfaitement dégagé. Excellente nouvelle. Le PPR pour Budapest, demandé la veille, est désormais confirmé et le plan de vol est déposé. Tout est prêt pour poursuivre notre route vers l’est.


Comme la veille, nous reprenons le métro en direction de Letňany. Nous manquons de peu de monter dans la mauvaise rame, mais finissons tout de même par arriver au bon endroit. À l’accueil de l’aérodrome, on nous confirme que le plan de vol a bien été reçu : il ne reste plus qu’à préparer l’avion et reprendre les airs.

Letnany radio coordonne une verticale de la base de Kbely, nous offrant un virage par la gauche juste après l’envol, donc une trajectoire directe, à 2000 ft maximum.
Le taxiway n’est guère en meilleur état que la piste, on s’en contentera en roulant au pas et n’hésitant pas à faire quelques écarts pour éviter certains trous ou bosses.

Le décollage est un véritable spectacle. Prague défile immédiatement sous notre aile droite, offrant une dernière vue magnifique sur la capitale tchèque. Nous rattrapons rapidement un autre appareil parti quelques minutes avant nous et empruntant le même point de sortie.
Une fois les zones de Prague derrière nous, nous profitons de la tranquillité du SIV pour monter à 5000 ft en quête d’air un peu moins turbulant.

La traversée de l’est de la République tchèque révèle de vastes paysages agricoles, très plats et soigneusement cultivés. En entrant en Slovaquie, le relief devient légèrement plus vallonné et la réception de Bratislava Radio se fait parfois hachée, sans toutefois compliquer la progression. Les grandes plaines qui s’étendent jusqu’à l’horizon à St André n’ont rien à envier à celles que l’on peut observer bien plus à l’est du continent.

Nous survolons Nitra, l’une des plus anciennes villes de Slovaquie, avant de distinguer le ruban argenté du Danube, qui marque ici la frontière avec la Hongrie.
Bratislava nous transfère ensuite à Budapest Radio et nous amorçons tranquillement la descente vers notre destination du jour. Une fois encore, nous sommes surpris par la proximité de l’aérodrome avec la ville. L’aérodrome de Budaörs est installé sur les hauteurs à l’ouest de Budapest, offrant une vue remarquable sur l’agglomération.

L’intégration dans le circuit ne présente pas de difficulté particulière. Les trajectoires publiées permettent simplement d’éviter le survol de plusieurs villages voisins. En courte finale, un petit moment de doute s’installe : deux pistes parallèles et un taxiway se présentent devant nous, sans marquages particulièrement évidents. Pendant quelques secondes, nous nous demandons si nous sommes bien alignés sur la bonne
piste. Finalement, le choix était le bon, et cerise sur le gâteau, son revêtement est dans un état bien meilleur que celui de Letňany.


Après l’atterrissage, l’agent AFIS nous guide jusqu’au point d’avitaillement, assez difficile à repérer. Une banale cabane en tôle. Il aurait été mieux qu’il nous dise que c’était à côté d’anciens lances missiles, reliquats d’une époque passée, mais beaucoup plus visibles.
Nous voilà enfin arrivés à Budapest. Ce sera notre étape la plus orientale du voyage.

Le temps que le pompiste arrive, nous en profitons pour remettre un peu d’ordre dans la cabine, qui ressemble déjà à un véritable bureau volant entre cartes aéronautiques, documents, bouteilles d’eau et effets personnels.
Dix minutes passent… toujours personne. Intrigués, nous nous adressons à un couple de Suisses venu avec un magnifique Cessna 185 pour savoir s’ils ont réussi à faire le plein. Avec l’humour et la sympathie qu’on leur connaît, ils nous répondent en souriant qu’il faut simplement être patient : « Ça finit toujours par arriver ! »
Ils proposent même de relancer notre demande en quittant le terrain. La conversation s’engage naturellement.
« Vous allez où ensuite ? »
Lorsque nous évoquons notre passage par la Slovénie, leur réponse est immédiate :« Si vous allez en Slovénie, vous devez absolument aller à Portorož. C’est le meilleur terrain du monde ! »
Madame complète aussitôt, amusée :
« Oh… tu dis ça uniquement parce qu’ils offrent le schnaps ! »
À peine les suisses partis que le pompiste apparaît enfin nous offrant la tranquillité d’un avion plein en essence pour le lendemain.

Avant de quitter l’aérodrome, impossible de manquer le superbe Lisunov Li-2 exposé sur le terrain. Version soviétique construite sous licence du célèbre Douglas DC-3, il porte toujours les couleurs de la compagnie nationale hongroise Malév, disparue en 2012. L’appareil vole encore aujourd’hui lors de meetings aériens, témoignage vivant d’une autre époque.
Un peu plus loin, quelques passionnés font évoluer d’anciens véhicules militaires soviétiques. Une scène assez insolite, entre préservation du patrimoine et nostalgie de l’époque communiste.
L’aérodrome de Budaörs possède lui aussi une histoire riche. Les premiers avions y apparaissent au début des années 1930 et son élégant terminal Art déco est inauguré en 1936. Malgré son architecture remarquable et sa situation privilégiée, l’expansion de Budapest ainsi que le relief environnant limitent rapidement son développement. Dès les années 1950, les vols commerciaux sont transférés vers l’aéroport Ferenc Liszt,
l’actuel aéroport international de Budapest, laissant à Budaörs un rôle essentiellement dédié à l’aviation générale.


Après avoir réglé les redevances dans ce superbe terminal d’époque, nous rejoignons la ville en bus puis en métro. En quelques dizaines de minutes, nous voilà en plein cœur de Budapest, souvent surnommée le « Paris de l’Europe centrale » pour son architecture monumentale, ses larges boulevards et les rives majestueuses du
Danube.
Nous sommes arrivés suffisamment tôt pour profiter pleinement de la ville. Notre chambre n’étant pas encore prête, nous savourons une occasion finalement assez rare pendant ce voyage : prendre un véritable déjeuner à une heure normale. A chaque voyage la météo et les contraintes aéronautiques dictent généralement nos horaires bien plus que notre estomac.

    L’après-midi est consacré à la découverte de Budapest. Nous flânons entre les quais du Danube, les grandes avenues bordées d’immeubles du XIXe siècle et les places animées qui donnent à la ville son charme si particulier.
    La journée se termine dans un restaurant traditionnel hongrois. Au menu, une généreuse soupe goulasch… dégustée par près de 30 °C. Une expérience culinaire authentique, même si la météo invitait davantage à une salade qu’à un plat fumant !

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