Nous voici repartis pour de nouvelles aventures.
L’idée de ce voyage a mûri à la fin de l’hiver. Notre premier projet consistait à retenter la grande boucle vers l’Écosse et l’Irlande, un itinéraire qui, à plusieurs reprises ces dernières années, avait dû être abandonné en raison d’une météo défavorable. Cette fois encore, les statistiques n’étaient guère encourageantes.
Forts de ces expériences infructueuses de l’autre côté de la Manche, nous avons rapidement envisagé un plan B. Très vite, celui-ci s’est imposé comme le véritable plan A : mettre le cap vers l’Europe centrale pour une sorte de tournée des capitales. Prague, Budapest, Ljubljana et Munich formeraient les principales étapes de cette nouvelle aventure.
Une fois cette trame dessinée, commença un minutieux travail de préparation. En aviation légère, rien ne s’improvise. Chaque terrain devait être étudié dans le détail : accessibilité, montant des taxes d’atterrissage, disponibilité de l’Avgas, facilité des transports vers le centre-ville, horaires d’ouverture… Autant de paramètres qui conditionnent la réussite d’un voyage.

Pour Prague, le choix fut évident. L’aérodrome de Letňany, conseillé à Franck par notre regretté ami José Valmier, réunissait toutes les qualités recherchées. Littéralement aux portes de la ville, il permet de rejoindre le centre de Prague en quelques minutes de transports en commun. Une véritable pépite pour les pilotes voyageurs.
À Budapest, c’est sur la rive ouest du Danube que nous avons retenu l’aérodrome de Budaörs. Ce terrain historique, véritable berceau de l’aviation hongroise, mérite à lui seul une visite. Nous reviendrons d’ailleurs plus en détail sur son histoire au cours de ce récit.
À Ljubljana, les options étaient plus limitées. L’aéroport international s’imposait naturellement. Situé à une trentaine de kilomètres du centre-ville, il bénéficie toutefois de bonnes liaisons en bus, ce qui en fait une étape parfaitement envisageable.
Enfin, pour Munich, les recherches se sont révélées plus compliquées. Entre les terrains dépourvus d’Avgas et ceux situés beaucoup trop loin de toute liaison pratique, le choix s’est finalement porté sur Augsburg, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de la capitale bavaroise.
L’itinéraire était désormais établi. Les cartes aéronautiques commandées, l’avion préparé et contrôlé. Il ne restait plus qu’à prendre les airs… et vous raconter ces cinq jours d’aventure.
Jour 1 : Saint-André – Doncourt – Prague

Une vague de chaleur est annoncée pour le jour de notre départ, ce mercredi 17 juin. Pourtant, c’est dans la fraîcheur du petit matin que nous ouvrons les portes du hangar. Les premiers rayons du soleil viennent illuminer le liseré rouge du F-GCUB, notre fidèle monture de voyage équipée de son moteur de 180 chevaux.
Au fil des années, le chargement de l’avion est devenu une véritable routine. Chaque objet possède sa place : sacs de vêtements, caisse de voyage, documentation aéronautique, perche de tractage, gilets de sauvetage… Tout est rangé selon une logique opérationnelle.
Avant de refermer le hangar, un dernier regard est porté sur les cartes météo. Les prévisions sont excellentes, non seulement pour cette première journée, mais également pour l’ensemble du voyage. Par curiosité, nous consultons une ultime fois la météo britannique. Les cartes sont toujours aussi peu engageantes. Sans le moindre regret, notre cap sera résolument orienté vers l’Est.
À 8h45, le Lycoming s’ébroue dans son grondement caractéristique. Immédiatement revient cette sensation si particulière : celle du début d’un grand voyage. Nous roulons tranquillement vers la piste 23R.
Le décollage s’effectue dans une atmosphère parfaitement calme. La masse d’air n’a pas encore eu le temps de se réchauffer et le vol s’annonce particulièrement agréable. Afin d’éviter les espaces aériens parisiens, nous restons à une altitude relativement basse.
Le passage à la verticale de Pontoise ne présente aucune difficulté avant de longer la CTR de Roissy par le nord. Au loin apparaît le château de Chantilly, facilement reconnaissable dans la lumière matinale. Le trafic est étonnamment faible. Les grandes vacances ne sont pas encore commencées.



Très vite, la vallée de la Marne défile sur notre droite, suivie de Reims et de la Montagne de Reims. Puis viennent Verdun et l’impressionnant ossuaire de Douaumont, rappel silencieux de l’histoire qui s’est écrit ici.
Notre première escale approche. L’activité militaire de la base d’Étain ne nous pénalise pas et quelques minutes plus tard, nous arrivons à la verticale de Doncourt. Le terrain semble presque désert. Aucun autre avion n’est en mouvement.
À peine descendus de l’appareil, un membre de l’aéroclub vient à notre rencontre. “Vous allez jusqu’à Prague ?!” s’exclame-t-il avec un mélange de surprise et d’admiration, comme si nous partions au bout du monde.
Nous sourions. Finalement, Prague n’est qu’à environ trois heures de vol d’ici.
Le plein de l’avion est fait. Les téléphones et tablettes sont en charge au club-house mis très gentiment à notre disposition. Place au plein des pilotes ! Sandwichs, salade et quelques bouteilles d’eau composent un déjeuner simple mais efficace. La température commence sérieusement à grimper.
Après la pause, changement de pilote.

Le moteur redémarre et nous reprenons notre route, accompagnés par la voix de Strasbourg Information qui active notre premier plan de vol. A Sarrebruck, nous passons avec les contrôleurs allemands.


La traversée de l’Allemagne est remarquablement paisible. Le trafic reste limité, même si Franck parvient toujours à repérer quelques appareils grâce à sa tablette grâce à Safesky. Plus que jamais, la règle « voir et être vu » reste essentielle et nous n’hésitons pas à nous rendre visible en allumant les phares.



En franchissant la frontière tchèque, nous découvrons les premières communications radio locales. Les échanges en tchèque semblent totalement incompréhensibles à nos oreilles. Aucune sonorité ne nous est familière. Nous poursuivons naturellement nos échanges en anglais avec le contrôle.
Après près de trois heures de vol, il est temps de préparer une arrivée qui demande toute notre attention.
L’intégration sur Letňany est particulièrement originale. Nous arrivons par le sud-ouest de Prague avant de contourner la ville par l’Est. Il faut survoler la base militaire de Kbely sans dépasser 2 000 pieds. Les immeubles défilent à faible distance sous nos ailes, donnant la sensation de survoler directement la ville.
Le circuit est précis, sans place pour l’improvisation.

La piste en herbe de Letňany apparaît enfin. Son revêtement, particulièrement cahotique, impose un atterrissage soigné et une bonne maîtrise de la vitesse. Quelques secousses plus tard, le F-GCUB roule tranquillement jusqu’au parking.
Nous faisons le plein avant de stationner à proximité d’un Jodel français, preuve que nous ne sommes pas les seuls pilotes hexagonaux à avoir découvert les qualités de cette plateforme.
Les formalités sont rapidement réglées. Après le paiement de la taxe d’atterrissage, nous quittons l’aérodrome à pied pour rejoindre la station de métro toute proche. En quelques dizaines de minutes, nous gagnons notre hôtel Ibis, idéalement situé en centre-ville.
Le temps de déposer les bagages, de compléter les documents de vol pour les étapes suivantes et de prendre une douche bien méritée, nous repartons aussitôt découvrir Prague.
Dès les premiers pas, la ville nous séduit. Les façades colorées, les rues pavées, les clochers gothiques et les bâtiments baroques composent un décor remarquable. En traversant la Vieille Ville, nous découvrons la célèbre place, son horloge astronomique qui attire les regards à chaque heure, puis les ruelles animées qui conduisent jusqu’au pont Charles. Depuis celui-ci, la vue sur le château dominant la Vltava est tout simplement magnifique, particulièrement sous la lumière chaude de cette fin de journée.
Les terrasses sont pleines, les nombreux touristes animent les quais et l’atmosphère est particulièrement agréable. Après plusieurs heures de marche, nous trouvons un restaurant très appréciable.
Cette première journée aura été bien remplie : près de cinq heures de vol, deux frontières traversées, une nouvelle capitale découverte et déjà de nombreux souvenirs gravés. Le voyage ne fait que commencer.
























