Cap à l’est 3/5

Cap à l’est 3/5

Budapest – Ljubljana

Le troisième jour débute par un réveil matinal. Un rapide coup d’œil à la météo
confirme ce que nous espérions : une nouvelle journée idéale pour voler. Le PPR pour la Slovénie est validé, le plan de vol est déposé ; il ne reste plus qu’à rejoindre l’avion.

Nous retournons à l’aérodrome de Budaörs en transports en commun. L’AFIS nous confirme l’activation de notre plan de vol. Quelques instants plus tard, nous décollons avec un virage à droite qui nous offre une dernière vue sur la capitale hongroise.
L’espace aérien est particulièrement bien structuré autour de Budapest, une fois les différentes zones franchies, nous pouvons rapidement monter à notre altitude de croisière.

La première partie de la navigation nous fait longer le lac Balaton sur toute sa longueur. Véritable mer intérieure pour les Hongrois, il est le plus grand lac d’Europe centrale. Long d’environ 78 kilomètres pour près de 600 km2 de superficie, il constitue un repère incontournable pour les pilotes qui traversent le pays.

Le spectacle est saisissant. Malgré une météo exceptionnelle et une visibilité quasi parfaite, même à 5 000 pieds nous distinguons difficilement la rive opposée. Un rapide calcul nous amuse : à notre vitesse de croisière, environ 200 km/h, il nous faudra plus de vingt trois minutes pour parcourir toute sa longueur. Vingt minutes à admirer ses plages, ses ports de plaisance et ses villages qui, chaque été, accueillent des milliers
de vacanciers hongrois, le pays ne disposant pas d’accès à la mer.


Au bout du lac, c’est la frontière slovène qui se dessine. Nous passons avec Maribor radio qui nous demande de passer sous ses zones car des pilotes font leur qualification en Airbus A320 sur l’aéroport située plus au nord. Nous voilà donc à devoir descendre dans un relief naissant.

En quelques minutes, le paysage change complètement. Les plaines hongroises laissent place aux premières montagnes. Les sommets finissent même par dépasser notre altitude tandis que nous poursuivons notre route en suivant les larges vallées.
Cette navigation à basse altitude demande davantage d’attention, mais elle offre un panorama exceptionnel.
La Slovénie dévoile alors toute sa beauté. Les petits villages aux maisons blanches se nichent au creux des vallées, les clochers dominent les toits rouges et les parcelles agricoles dessinent des formes géométriques presque parfaites. Vu du ciel, l’ensemble ressemble à une illustration.

Le contact avec Ljubljana Radar annonce la fin de cette étape. Afin de rester sous les espaces contrôlés de l’aéroport international, nous devons poursuivre notre descente jusqu’à environ 1 000 pieds sol. À cette hauteur, le relief paraît soudain très proche et les montagnes semblent nous entourer.
Les instructions du contrôleur sont assez succinctes. Il nous demande d’intégrer une vent arrière main droite pour la piste 30. Cette intégration nous surprend quelque peu : un seul avion léger est alors en courte finale, et nous nous attendions à une arrivée plusdirecte. Mais les procédures sont les procédures.

Quelques minutes plus tard, nous voilà établis en finale. Devant nous s’étend une immense piste internationale, bien différente des terrains fréquentés depuis notre départ. Après un arrondi tout en douceur, les roues touchent enfin le sol slovène. Dès que la vitesse diminue suffisamment, nous ouvrons la verrière. L’air qui s’engouffre est chaud, mais il constitue malgré tout une agréable ventilation après plusieurs heures de vol.


À peine dégagés de la piste, une voiture « Follow Me » (suivez moi) nous attend pour nous guider jusqu’au parking de l’aviation générale. Le contraste est saisissant entre notre petit avion de tourisme et les appareils de ligne stationnés un peu plus loin. Sans surprise, nous sommes la seule immatriculation française du parking, hormis l’Embraer d’Air France présent au terminal commercial.

Le camion-citerne arrive rapidement. En moins d’un quart d’heure, l’avion est ravitaillé, calé et nos bagages sont chargés dans le véhicule du handling qui nous conduit jusqu’au terminal.
Troisième étape accomplie.

Il nous reste désormais à rejoindre le centre de Ljubljana, situé à une trentaine de kilomètres de l’aéroport. Après une vingtaine de minutes d’attente, la navette finit par arriver. Premier contretemps : les billets de bus que nous avions achetés ne sont pas les bons. Pourtant, nous avions passé un long moment à essayer de comprendre le système de transport local. Heureusement, le problème se règle rapidement en payant
directement au chauffeur et le trajet peut commencer.
Depuis le bus, nous retrouvons les paysages aperçus quelques minutes plus tôt depuis le cockpit. Les forêts de sapins recouvrent les collines, les montagnes ferment l’horizon et l’on ressent déjà cette ambiance caractéristique des portes des Balkans.
À la gare routière, très fréquentée, le chauffeur décide finalement de faire descendre tous les passagers avant le terminus, directement sur la chaussée. Il nous reste alors près de trois kilomètres à parcourir jusqu’à notre hébergement.
Cette chambre a été réservée au dernier moment. Les disponibilités étaient rares et les prix grimpaient rapidement. Malgré la chaleur écrasante, nous décidons de faire le trajet à pied. Cette promenade improvisée nous permet finalement de découvrir une première facette de Ljubljana. La ville dégage une atmosphère jeune et vivante, où se mêlent bâtiments historiques, immeubles hérités de l’époque yougoslave et nombreux
espaces verts. On ressent encore l’influence de l’ancien bloc de l’Est, mais avec une modernité qui lui donne beaucoup de caractère.
Nous arrivons enfin à notre hébergement… avant de rapidement déchanter. À l’extérieur, du linge sèche devant l’entrée, des personnes entrent et sortent en permanence, et rien ne laisse penser qu’il s’agit d’un hôtel. Nous vérifions plusieurs fois l’adresse : pourtant, c’est bien ici. La buanderie fait également office d’accueil. Après quelques formalités, nous récupérons la clé de notre chambre située au premier étage. Le couloir dessert quatre chambres qui partagent une cuisine commune ainsi qu’une salle de bain. La chambre
est particulièrement spartiate : un lit superposé et une petite table. Heureusement, la climatisation fonctionne parfaitement. Quant à la douche, elle restera un souvenir… le sol est entièrement inondé par les passages précédents.
Après une courte pause, nous repartons aussitôt explorer la capitale slovène. Ce sera une véritable découverte pour nous deux. La Slovénie est un pays dont on parle finalement assez peu, et Ljubljana mérite largement le détour. Avec un peu plus de 300 000 habitants, soit une population comparable à celle de Montpellier, la capitale offre un équilibre remarquable entre dynamisme urbain et douceur de vivre.

Son centre historique est particulièrement agréable. Les façades colorées bordent les rives de la Ljubljanica, les nombreux ponts relient les deux berges et les terrasses sont pleines de vie. Dominant la ville, le château de Ljubljana veille sur un enchevêtrement de ruelles piétonnes où il fait bon flâner.
En cette chaude soirée d’été, les quais sont animés par les habitants comme par les touristes. Les musiciens de rue se succèdent tandis que les restaurants affichent complet. Nous terminons cette belle journée dans une auberge traditionnelle où nous découvrons quelques spécialités slovènes. Entre influences autrichiennes, italiennes et balkaniques, la cuisine locale réserve d’excellentes surprises et constitue une parfaite conclusion à cette troisième étape de notre voyage.

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