Cap à l’est 4/5

Cap à l’est 4/5

Ljubljana – Augsburg, par les Alpes autrichiennes

Nous ne rencontrons aucune difficulté à quitter notre chambre spartiate en ce quatrième matin d’aventure. Le réveil sonne à 5 h 30 pour un départ prévu à 6 heures. Deux raisons motivent ce choix : profiter de la fraîcheur et du calme des premières heures de la journée, mais surtout franchir les Alpes avant la dégradation orageuse annoncée en milieu de journée.

L’étape du jour doit nous conduire à Augsburg, près de Munich, avec une navigation qui promet d’être l’un des temps forts du voyage : la traversée des Alpes autrichiennes.

Pour rejoindre la gare routière desservant l’aéroport, nous commandons un Uber. En chemin, le chauffeur nous demande notre destination. Lorsque nous lui répondons que nous allons à la gare routière pour prendre la navette de l’aéroport, il éclate de rire : « Mais j’aurais pu vous y emmener directement, cela ne vous aurait presque rien coûté de plus !”
Vu le prix de ce court trajet comparé au prix du bus pour se rendre à l’aéroport, nous en doutons et nous repensons aussitôt au pilote suisse rencontré l’avant-veille à Budaörs, qui nous avait mis en garde contre certains chauffeurs de taxi peu scrupuleux.

À peine le temps d’acheter nos billets à la gare routière et nous voilà déjà installés dans le car en direction de l’aéroport de Ljubljana.


Une fois sur place, encore faut-il trouver l’accès à l’aviation générale. Après un aller-retour inutile dans le terminal principal, deux policiers nous indiquent avec le sourire que l’entrée se trouvait… juste sous nos yeux.

Avant de pouvoir accéder à l’avion, il faut régler les différentes redevances. Nous pénétrons alors dans ce qui ressemble davantage à un salon VIP qu’à un bureau administratif. Une agente d’escale, visiblement surprise par notre arrivée si matinale, se réveille dans son fauteuil et se confond en excuses. Quelques minutes plus tard, toutes les formalités sont accomplies. Notre vol figure même sur le tableau des départs de l’aéroport. Pour un équipage de deux personnes à bord d’un petit avion de tourisme, l’effet est plutôt amusant.

Notre fidèle appareil nous attend exactement à l’endroit où nous l’avions laissé la veille. Seuls les impacts de moustiques accumulés depuis trois jours commencent à marquer le bord d’attaque des ailes.


Le roulage est très court. Après le décollage, le contrôle nous impose de rester à seulement 1 000 pieds sol afin de demeurer sous les espaces aériens de l’aéroport international. Quelques minutes plus tard, une fois libérés des contraintes, nous pouvons enfin entamer notre montée jusqu’au FL075.
Très rapidement, les Alpes apparaissent devant nous. Il était temps de monter !

La météo est absolument parfaite. Le ciel est d’un bleu limpide, l’air est calme et la visibilité semble infinie. Les vallées s’enchaînent tandis que nous suivons notre route au milieu des montagnes. Par endroits, certains sommets ne passent que quelques centaines de pieds au-dessus de nous, donnant l’impression de voler à leur hauteur plutôt que de les survoler.
Le spectacle est tout simplement grandiose.

À l’approche d’une crête, nous distinguons même deux randonneurs qui progressent lentement sur le sentier. Nous leur avons probablement offert, l’espace de quelques secondes, une parenthèse sonore dans le silence de ces immensités minérales.

Pendant près d’une heure et demie, nous traversons les Alpes autrichiennes. À bord, inutile de discuter : chacun profite du paysage à sa manière. Les montagnes suffisent à elles seules à occuper toute notre attention. Entre les glaciers encore visibles sur les plus hauts sommets, les lacs d’altitude aux eaux turquoise et les petits villages nichés au fond des vallées, chaque virage révèle un nouveau décor de carte postale.

En franchissant la frontière allemande, on s’offre un petit détour (qui était prévu).
Direction le château de Neuschwanstein, probablement l’un des monuments les plus célèbres d’Allemagne. Perché au sommet de son éperon rocheux, ce château féerique est connu dans le monde entier pour avoir inspiré celui de la Belle au bois dormant de Disney.

Son passage avait une saveur particulière. Deux ans auparavant, lors de notre tour des Alpes (récit également disponible sur le site du CASA), toute cette région était restée désespérément cachée sous une épaisse couche nuageuse. Cette fois, les conditions sont parfaites et nous savourons pleinement cette revanche météorologique.
Après quelques photos prises depuis le cockpit, nous mettons le cap vers Augsburg.

La tour nous propose une arrivée quasi directe sur la piste 25. Après plusieurs heures passées au-dessus des reliefs, retrouver les plaines bavaroises donne presque l’impression que le paysage est devenu parfaitement plat.

Une fois au sol, nous découvrons un aérodrome particulièrement dynamique. Les avions-écoles se succèdent au décollage, plusieurs hélicoptères évoluent dans le circuit et un centre de formation accueille également des équipages de jets privés. L’activité est permanente.

Comme chaque fin de vol, notre avion reçoit son plein d’Avgas avant d’être soigneusement amarré pour la nuit. Notre journée aéronautique s’achève ici, mais la découverte continue.

Un Uber nous conduit en une dizaine de minutes jusqu’à la gare d’Augsburg, où nous embarquons dans un train à grande vitesse à destination de Munich. Le billet est loin d’être donné, mais le confort est remarquable et le trajet ne dure qu’une trentaine de minutes.

À notre arrivée, le contraste avec la nuit précédente est saisissant. Après notre modeste hébergement de Ljubljana, retrouver le confort de l’hôtel Ibis ressemble presque à un luxe.

Nous déposons rapidement nos affaires avant de partir découvrir Munich.

La capitale bavaroise nous séduit immédiatement. Les grandes places animées, les façades colorées et les nombreux marchés donnent une atmosphère chaleureuse à la ville. En nous promenant le long de l’Isar, nous découvrons avec étonnement des centaines de Munichois profitant de la rivière pour se baigner ou simplement se rafraîchir. Voir autant de personnes nager au cœur d’une métropole de plus d’un million
d’habitants est assez surprenant. La tentation de tremper les pieds est grande, nous y cédons.

Impossible de visiter Munich sans pousser les portes de la célèbre Hofbräuhaus. Dans cette immense brasserie traditionnelle, serveuses en tenue bavaroise, grandes tablées conviviales, chopes de bière d’un litre et fanfare créent une ambiance unique. Nous dégustons quelques spécialités locales dans une atmosphère aussi festive qu’authentique.

La soirée se poursuit par une dernière promenade le long de l’Isar. Les quais sont encore très animés, les terrasses sont pleines et les derniers rayons du soleil illuminent la ville.

Demain, l’étape finale nous attend. Il est temps de regagner l’hôtel pour profiter d’une nuit de repos bien méritée.

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